jeudi 8 février 2018

Quand le compost (p)rend l’eau

De 0 à 400 litres par tonne traitée… Ce sont les volumes des rejets liquides liés au stockage ou au compostage sur plateforme de traitement biologique des déchets (ADEME, 2005). Ces quantités varient d’un site à l’autre, suivant les matières traitées, le type de procédé (aération forcée positive, négative ou par retournement), la présence ou non d’un bâtiment. « Ces rejets liquides comprennent les jus ou lixiviats s’écoulant du produit par exfiltration, les eaux provenant du ruissellement sur la surface du produit, celles issues des surfaces annexes (plate-forme, voirie, toitures) plus ou moins souillées, les condensats dans le cas des bâtiments fermés ou en aération forcée négative, les eaux de lavage ». La composition des rejets est forcément très dépendante de l’ensemble de ces paramètres. Les eaux issues de ces plateformes sont essentiellement chargées en macromolécules organiques du type substances humiques. Sur l'effluent brut, les valeurs en DCO peuvent être élevées. L'effluent se caractérise par une faible biodégradabilité. 
 
 Etude des concentrations d'échantillons de lixiviats de plateforme de compostage analysés par AUREA en 2017

Les volumes de rejets, plus ou moins chargés, peuvent représenter des quantités annuelles importantes. L’existence de « pics » liés aux conditions météorologiques rend parfois difficile pour l’exploitant la gestion de ces rejets. Cet article de l’AgroReporter fait le point sur la gestion de ces effluents et sur les obligations en matière d’analyses. 

L’EAU ET LE COMPOST
Le compostage est un procédé biologique thermophile dont l’efficacité est fortement dépendante de la présence d’eau. Une trop faible humidité entraîne un ralentissement de la fermentation et de la maturation du compost. A l’inverse, un excès d’eau entraîne des risques d’anaérobiose, sources de mauvaises odeurs et de blocage dans les étapes biologiques de production d’un compost de qualité. En fonction de la pluviométrie, une même unité de compostage peut se retrouver alternativement en période d’excès d’eau ou en période de déficit. La plupart des unités de compostage sont équipées de bassins de rétention leur permettant de faire face au besoin d’arrosage des andains même en période de déficit hydrique , et de stocker cette eau en période d’excédent. En cas de risque de dépassement de la capacité de stockage, ces jus doivent être évacués.


QUE FAIRE DES REJETS LIQUIDES D’UNE PLATEFORME DE COMPOSTAGE ?
Les principaux modes d’évacuation sont tous encadrés par des textes réglementaires imposant des contrôles de conformité :
  • Installations soumises à déclaration ICPE : L’arrêté du 12/07/11 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de compostage soumises à déclaration sous la rubrique n° 2780 fixe les modalités d'exploitation et des rejets. Les valeurs limites de rejet peuvent être renforcées par le règlement d’assainissement de la collectivité.
  • Installations soumises à enregistrement ICPE : L’arrêté du 20/04/2012 fixe les prescriptions générales applicables aux installations classées de compostage soumises à enregistrement sous la rubrique n°2780.
  • Installations soumises à autorisation ICPE : L'arrêté du 22/04/08 fixant les règles techniques auxquelles doivent satisfaire les installations de compostage soumises à autorisation en application du titre Ier du livre V du code de l'environnement fixe les modalités d'exploitation et des rejets. Les modalités fixées peuvent être renforcées par l’arrêté préfectoral d’autorisation et le règlement d’assainissement de la collectivité.
  • RSDE* et plateformes de compostage : L’action de recherche de substances dangereuses (RSDE) s’applique pour les centres de compostage soumis à autorisation ayant un rejet direct ou indirect vers le milieu récepteur. Elle fait l’objet d’arrêtés préfectoraux complémentaires sur les rejets de substances dangereuses dans le milieu aquatique (RSDE)
Différentes voies d’élimination sont possibles pour ces effluents :
  • Le rejet en réseau collectif d’assainissement (autorisation/convention de rejet, réglementation ICPE) ou le dépotage en station d’épuration (réglementation ICPE/convention de dépotage) ou dans le milieu naturel. Un rejet direct au milieu naturel ou un raccordement au réseau d’eaux pluviales sans prétraitement est exclu. Un raccordement direct au réseau d’eaux usées est impossible à cause de la problématique des eaux parasites. Un prétraitement est donc nécessaire. Si le prétraitement est efficace et permet de respecter les valeurs limites de rejet alors le raccordement au réseau d’eaux pluviales ou le rejet dans le milieu naturel sont possibles.
  • Le zéro rejet : traitements sur lit de roseaux avant réutilisation sur andains ou déshydratation.
  • L’épandage (conformité à la réglementation épandage) : les eaux de ruissellement issues de la zone de compostage sont collectées dans un bassin de rétention. Les excédents d’eau peuvent être éliminés par épandage sur terrain agricole, sous réserve de terrains disponibles à proximité du centre de compostage. Cette technique repose sur les capacités épuratoires du système sol/micro-organismes/plantes pour abattre la pollution organique. Elle est peu coûteuse, mais très réglementée. Elle doit être conforme aux prescriptions des arrêtés relatifs à la rubrique ICPE concernées et à l’arrêté du 2 février 1998. Cette règlementation peut également être renforcée localement par des arrêtés en vue de la protection des zones vulnérables par exemple aux pollutions azotées.
Un tableau récapitulatif des paramètres à contrôler, ainsi que des fréquences et modalités de contrôles des effluents en fonction du régime de l‘installation et des destinations des effluents est présenté ci-dessous : 

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Au laboratoire Auréa, l’analyse des lixiviats destinés à être épandus est réalisée dans le circuit des eaux résiduaires. Compte tenu de la nature de la matrice analysée (effluent liquide à très faible teneur en matière sèche), il n’est pas possible de procéder à l’analyse de ces échantillons dans le circuit des matrices solides (boues, sédiments). La confrontation des résultats d’analyse obtenus aux valeurs limites de l’arrêté du 2 février 1998 pose toutefois problème. En effet, cette réglementation définit des valeurs limites exprimées en mg/kg de matière sèche pour les éléments traces métalliques et pour les composés traces organiques (HAP et PCB). La réalisation d’une mesure de l’extrait sec et de la densité permet toutefois de procéder au calcul des concentrations volumiques obtenues (mg/L et µg/L) en unités pondérales. Ainsi il est possible de confronter les résultats d’analyse obtenus sur ces matrices liquides aux valeurs limites réglementaires liées à l’épandage.

Lors du traitement de vos échantillons, deux rapports vous seront donc transmis :
- Le rapport de l’analyse de type eaux résiduaire sous accréditation Cofrac
- Une annexe pour épandage, reprenant l’ensemble des résultats exprimés en unités pondérales, avec confrontation aux valeurs réglementaires de l’arrêté du 2 février 1998 permettant de juger de l’aptitude des lixiviats à l’épandage.

Une gamme complète de menu analytiques dédiés à l’analyse de ce type de matrice est disponible à notre catalogue. N’hésitez-pas à consulter votre chargé d’affaires AUREA.

Article rédigé par : Christophe LechevallerResponsable Technique Eaux et Environnement Industriel – Auréa AgroSciences - Contact

* : RSDE : Recherche et Réduction des Rejets de Substances Dangereuses dans l’Eau

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