jeudi 28 avril 2016

Campagne reliquats azotés 2016 : premier bilan à chaud



Alors que la campagne d’analyses se termine à peine, Auréa Agrosciences vous propose une synthèse sur les tendances de cette année.

DES PARCELLES ET DES HORIZONS

Les 75 000 parcelles analysées par Auréa AgroSciences sur le site d’Ardon se répartissent principalement sur une bande qui va du centre ouest au Nord Est, avec également un pôle significatif en Midi-Pyrénées.



Ces 75 000 parcelles représentent 150 000 horizons, soit une moyenne de 2 horizons par parcelle. Plus précisément, il y a 25 % de parcelles avec 3 horizons, 50 % avec 2 horizons, ce qui laisse 25 % avec un seul horizon.
Il y a de très fortes hétérogénéités entre les régions sur ce point. Cela s’explique en partie par les contextes pédoclimatiques. Ainsi, les argilo-calcaires superficiels sont dominants en Poitou-Charentes où plus de 85 % des parcelles sont analysées sur un horizon. A l’inverse les régions, où les limons moyens à profonds sont dominants (Ile-de-France, Picardie, Nord Pas de Calais), présentent une majorité de parcelles prélevées sur 2 ou 3 horizons.


Cependant le pédoclimat n’explique pas tout. En Champagne-Ardenne, il y a également beaucoup de craies superficielles et pourtant les parcelles 1 horizon représentent à peine plus de 10 % des effectifs. En Aquitaine et Midi-Pyrénées, les sols profonds ne sont pas rares alors qu’il y a une majorité de parcelles 1 horizon. Il n’est donc pas impossible que ces différences puissent s’expliquer par l’historique d’utilisation du Reliquat Sortie Hiver (RSH).
En effet, en dehors de l’aspect pédoclimat, les régions où les parcelles 1 horizon sont majoritaires n’utilisaient pas historiquement le RSH dans leur raisonnement du calcul de la fertilisation azotée. Les analyses faites cette année dans le cadre du cinquième programme d’action Nitrates ont donc été a minima celles imposées par la législation (un reliquat azoté en zone vulnérable sur une culture principale).

Le cinquième programme d’action nitrate augmente certes au global le nombre d’analyses réalisées, mais cela entraine également une augmentation sensible des parcelles avec un seul horizon prélevé.
Pour rappel, la mesure du RSH sert à calculer le stock d’azote minéral disponible pour la culture à l’ouverture du bilan (Ri). La majorité des référentiels GREN précise que ce calcul doit se faire sur la profondeur potentielle d’enracinement de la culture. Lorsque la profondeur de sol le permet, cela correspond souvent à 90 cm pour les céréales, le colza et la betterave ; 60 à 90 cm pour le maïs, tournesol et sorgho ; 45 cm pour les pommes de terre. C’est pour cela qu’Auréa a décidé de ne pas interpréter les reliquats 1 horizon (hors pomme de terre, sols superficiels et demande spécifique client) .


UN HIVER HORS NORME MAIS DES RELIQUATS DANS LA NORME

Les conditions climatiques de la fin d’automne et début d’hiver pouvaient laisser croire à des valeurs de reliquats très élevées. En effet, les mois de novembre et décembre ont été les plus chauds depuis plus d’un siècle. La température était de 3 à 4°C supérieure aux valeurs de saison. Cette augmentation de température peut théoriquement résulter en une augmentation de 40 à 60 % de la minéralisation de l’azote organique du sol. Mais les mois de novembre et décembre ont également été très secs, ce qui a pu limiter l’effet température.
Les mois de janvier et février ont par contre été très humides (50 à 60 % supérieur à la moyenne), ce qui a pu occasionner des transferts de nitrate dans les couches inférieures.

Le reliquat moyen disponible sur les 75 000 parcelles analysées par Auréa est de 39 kg/ha. Vu la forte hétérogénéité régionale du nombre d’horizons prélevés, nous avons séparé les moyennes régionales selon la profondeur du sol. Les moyennes ont été calculées pour les régions où il y a plus de 100 parcelles.

Pour les sols superficiels (1 horizon), le reliquat moyen disponible est de 21 kg/ha. Les valeurs les plus élevées se retrouvent dans les régions du Nord, sans doute liées à la pluviométrie plus importante qui n’a pas limité l’effet des températures plus élevées.



En sol moyennement profonds (2 horizons), le reliquat moyen disponible est de 39 kg/ha. Les valeurs sont assez homogènes sur l’ensemble du territoire, à l’exception du Sud-Ouest et du Nord-Est.



Les sols profonds (3 horizons), majoritairement localisés dans la moitié Nord, présentent un reliquat moyen disponible de 56 kg/ha. La région Champagne-Ardenne est nettement supérieure aux autres, les causes restent à identifier.



DES EFFETS SYSTEMES DE CULTURE MASQUES PAR LE NOMBRE D’HORIZON

Les céréales d’hiver dominent très largement les cultures en place ou prévues sur les parcelles analysées.


Le reliquat moyen disponible diffère en fonction de la culture en place. Les parcelles en colza et céréales d’hiver ont les reliquats les plus faibles. Cela pourrait s’expliquer par le fort développement de la végétation au moment de l’analyse, qui aurait pu absorber une part non négligeable d’azote minéral.
Les parcelles prévues en betterave et orge de printemps présentent les reliquats les plus élevés. Mais ce sont également celles qui ont le moins de parcelles 1 horizon



Cependant si on s’intéresse uniquement au premier horizon, le classement n’est pas beaucoup modifié, à l’exception des parcelles prévues en pomme de terre (effet lié au calcul de Ri sur les 45 premiers cm uniquement).

L’effet du précédent cultural est encore plus dépendant du nombre d’horizons prélevés. En s’attachant uniquement au premier horizon, les différences sont plus ténues : seuls les précédents prairies et orge de printemps se distinguent légèrement.


Les autres pratiques culturales montrent les effets attendus :

- Augmentation du reliquat moyen disponible pour les parcelles ayant eu un apport de produits organiques (51 kg/ha contre 37 kg/ha sans apport)
- Augmentation du reliquat moyen disponible en présence de cultures intermédiaires, due à la minéralisation du couvert (54 kg/ha pour une destruction avant le 1er janvier, 42 kg/ha pour une destruction après le 1er janvier, 36 kg/ha en l’absence de culture intermédiaire)



Cette année 2016 n’est donc pas exceptionnelle au niveau du reliquat disponible moyen. L’augmentation du nombre de parcelles avec un seul horizon fait cependant s’interroger sur la pertinence de la mesure (hors sols superficiels et parcelles en pomme de terre). En effet, un reliquat n’est utile pour calculer la dose prévisionnelle d’azote que s’il est mesuré sur la profondeur potentielle d’enracinement de la culture. Ainsi, plus qu’une contrainte réglementaire, le reliquat azoté sortie hiver doit être considéré comme un outil de connaissance du sol et de compréhension de son fonctionnement, afin de raisonner au mieux les pratiques culturales.


Article coordonné par : Matthieu Valé - Responsable technique du pôle Agriculture - Nous contacter 

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